Catégorie : PERSONNAGES

Castelnou : Étiennette, à la recherche des temps perdus

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Qu’il est délicieux ce charmant petit village médiéval ! Lové au coeur du maquis catalan environné de cistes, embaumé de genets, de bruyères et cerné de chênes méditerranéens… C’est un havre de quiétude. Il y a bien encore quelques vignes qui s’obstinent à pousser, rares vestiges de l’activité agricole d’antan du village. Ici, dans les Aspres, écrasées par la chaleur torride des Étés, seules les cigales s’égosillent à chanter à tue-tête à couvrir le silence ! Pas la moindre brise. Castelnou ressemble à une oasis de fraîcheur dans un océan de torpeur.

Castelnou ! Fa temps….

Mais qu’il est le loin le temps où ce petit village était tout consacré à l’agriculture ! Où les ruelles résonnaient du pas lent des mules et des bourricots. Chacun se connaissait. « Fins aviat! » (à bientôt) « Bon dia » (Bonjour) Lançait-on pour ponctuer les conversations. L’accent était chantant, rocailleux, catalan ! L’époque où les « ninots » (Petits enfants) descendaient le sentier escarpé menant à la fontaine pour aller chercher l’eau…. En ce temps-là, l’eau était précieuse ! La vie, toute consacrée aux labeurs des champs. Étiennette l’a connu ! ce temps-là…

Étiennette

Etiennette de Castelnou, ou le secret des herbes (Photo La Gazette Catalane)
Etiennette de Castelnou, ou le secret des herbes (Photo La Gazette Catalane)

Étiennette a quitté son village natal Camélas pour franchir  les quelques kilomètres qui séparent de Castelnou pour s’y marier. Il y a quelques années encore, dés que vous franchissiez la « Porte » de Castelnou, là, sur la gauche, vous découvriez une boutique extraordinaire, inclassable ! Une boutique tenue par Étiennette, depuis des décennies, écolo dans l’âme avant la mode. Les herbes de nos campagnes n’avaient aucuns secrets pour elle ! Aussitôt franchie la porte de surprenantes effluves de parfums de la garrigue vous titilliez les narines.

Etiennette confectionnait ses bouquets de fleurs sauvages (Photo Gazette Catalane)
Étiennette confectionnait ses bouquets de fleurs

Là, vous étiez transporté vers votre imaginaire, vos souvenirs d’enfance, vers l’époque révolue où il faisait bon vivre, où chacun appréciait à sa juste mesure le moment et l’instant présent. Illico, c’était l’envoûtement ! Suspendus au plafond, des bouquets d’immortelles sauvages séchaient patiemment ; plus loin, des artichauts révélaient leurs fleurs d’un beau bleu lumineux… La monnaie du Pape était omniprésente, ainsi que de merveilleux petits chapeaux délicatement tressés par Étiennette qui embaumaient la lavande. Mais le plus surprenant, c’était ses poèmes ! Elle qui n’était pas allée trop longtemps à l’école…

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Extraits du poème : « La fount dels ninots » (Fontaine des enfants)

«C’était ainsi notre temps »
«A cette époque là on se sentait heureux et tout nous semblait beau,
Pourtant dans nos maisons, nous n’avions pas encore l’eau
Avec nos récipients on descendait vers la fontaine
Il fallait bien en remonter avec nos cruches pleines (…)
Bien sûr à cette époque là, nous n’avions pas beaucoup de commodités
On se déplaçait qu’en vélo le plus souvent à pied
Quand on voulait déjeuner… il fallait allumer le feu,
On devait aller ramasser un peu de bois se que l’on trouvait de mieux» (…)
Morceau choisi de Poème écrit par Etienne en 1994

Aujourd’hui, dans les venelles et ruelles, l’accent a hélas bien changé… Rares sont les catalans de souche vivants encore au village ! Villégiatures et demeures de weekends, peuvent-elles favoriser les liens sociaux ? Notre beau Pays Catalan, jour après jour, n’est-il pas entrain de perdre sa singulière identité ? Sa culture n’est-elle pas (volontairement) diluée pour effacer toutes ses particularités et la catalanité ?

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Roger Blandignères, un homme passions

Prés de Prades, la petite Départementale 24, virevolte pour s’évader jusqu’au hameau de Villerach. A l’entrée du village, prés de la fontaine, un homme patiente. Qui êtes-vous Roger Blandignères ?

Un extraordinaire et singulier personnage


Roger Blandignères (Photo La Gazette Catalane)

Ce matin, un beau soleil prodigue sa chaleur au Canigou tout proche tout enneigé. Ici, seuls les gazouillis du ruisseau, osent rompre le silence des lieux. Le village exhale de subtils et fugaces parfums de sérénité. Un homme s’approche. Chevelure bouclée poivre sel, sa corpulence laisse deviner de solides origines paysannes. La soixantaine harmonieuse, le regard franc, perçant… une vigoureuse poignée de main précède  un «Bonjour, Roger Blandignères !» Qui soupçonnerait chez cet homme aux allures communes, un extraordinaire et singulier personnage ?

«Ma vie a été bousculée par cette passion dévorante.»


Roger Blandignères (Photo La Gazette Catalane)

Né au foyer d’un couple d’éleveurs et de vignerons installé à Villerach, Roger Blandignères évoque ses souvenirs. Une enfance choyée par sa grand-mère, les travaux des champs, une scolarité au collège de Prades ; le rugby à la JOP…. Puis le temps du service militaire dans la gendarmerie le convainc d’y mener carrière. «Je n’avais pas trop le choix : M’engager ou demeurer ici à travailler la terre.» Avoue-t-il, la voix chargée des résonances chaudes catalanes. pour autant, en parallèle, il assouvit vingt ans durant , sa passion pour l’arbitrage de rugby de haut niveau. Il arpentera tous les terrains de France et souffle : «Ma vie a été bousculée par cette passion dévorante.»

«Ma passion est d’écrire des romans de terroir »


Roger Blandignères (Photo La Gazette Catalane)

Puis, au sifflet d’arbitre succédera la plume de l’écrivain. Un rendez-vous avec lui-même ? »Les souvenirs couleur sépia se sont à nouveau invités lorsque je suis entré en écriture.» Confie-t-il.Généreux comme sa terre natale réputée pour sa fertilité Roger Blandignères ne piétinera pas avant de connaître le succès à compte d’auteur en 1987 ! « Le mas des oliviers » : Premier roman, premier best-seller ! Par la suite il intégre la maison d’édition TDO à laquelle il est fidèle. «Ma passion est d’écrire des romans de terroir avec pour trame des histoires fondées sur des faits réels, mises en scène dans notre beau Pays Catalan.» Même s’il se définit comme écrivain de terroir, il ne sublime pas pourtant les paradis perdus du bon vieux temps jadis ! Toutefois, dans ses récits, la référence aux valeurs transmises par sa famille, par les anciens, est prégnante. Roger emprunte ses sujets au quotidien sublimés par un vocabulaire hyperréaliste, imagé, rythmé, alerte, aux fréquents rebondissements. Dans ses intrigues bien ficelées, cet humaniste pratiquant, attribue une place prépondérante à l’Homme, entre passions, faiblesses, cupidité, perversion, reniement, amour… En filigrane, le message : «Il faut aller au bout de ses rêves, croire en la vie, croire en son destin, c’est ce que je tente de retranscrire dans mes romans.» Susurre l’écrivain en confidence. Là, Roger s’enflamme : «La vie est longue et courte et je sais que le temps est compté ! Chaque instant qui passe est à croquer ! »

Interview de Roger Blandignères auteur de romans populaires en Pays Catalan

Ce Catalan bon teint est l’auteur prolixe de romans à sucés parus pour l’essentiel chez TDO Editions. La Gazette Catalane a réalisé le tournage de l’interview de l’auteur dans les studios de Littoral FM

Connaissez-vous Zidro, passeur atypique de mémoires ?

Nos campagnes catalanes regorgent de talents enfouillis dans l’anonymat. La Gazette Catalane se plaît à les débusquer pour votre plaisir ou votre simple curiosité ! Venez ! Suivez-moi ! Veniu segueix-me ! Allons du côté de Banyuls de la Marenda (Banyuls sur mer) à la rencontre d’un singulier personnage : En Zidro, guide historique atypique de Banyuls-sur-Mer, SON Banyuls natal, dont il vous fera découvrir la singulière et profonde histoire. Surprise !

Qui de Isidore ? Qui de Zidro ? a créé son personnage ?

Isidre évoque  » Le concept du personnage de Zidro est né en Septembre 2005 sous ma plume… … un peu par accident disons-le! » Le trait peut paraître épais, frisant la caricature… Zidro personnage créé par Isidre Camins, est attachant : L’embonpoint ceint d’une Faixa rouge,  la barretina insolente, de petite taille, les  »Vigatanes » chevillées ses convictions, un xic rondouillard,, de larges moustaches soulignent une verve à l’accent chantant et rocailleux Catalan…Ce Zidro-là vous transportera dans un voyage intemporel  inoubliable vers des ailleurs improbables…

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Depuis Juin 2014, Isidre Camins, guide historique indépendant et atypique fait découvrir le patrimoine de Banyuls sur mer et Cerbère. Zidro vous transposera vers les trésors cachés de notre belle côte.

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Isidre Camins, qui êtes-vous ?

« Je me nomme Isidre CAMINS né (il y a bien des siècles) au Puig del Mas, à Banyuls sur mer. « Isidre  est un vrai passionné « Je suis guide historique, auteur, conférencier, reconstitueur et par-dessus tout, passionné d’histoire. » S’exclame-t-il enthousiaste.  « Si le monde compte nombre d’Agrégés d’histoire, j’aime à me définir comme étant un  »Abrégé d’histoires »… Car d’histoires, j’en ai vécu beaucoup ! » Un conteur, un guide Historique amoureux de la seva terra però també la nostra ! un patrimoine, un héritage ancestral qu’il partage dans un détail surprenant, riche d’histoire. Une passion qu’il s’évertue d’offrir au public pour une belle balade en terre inconnue dans l’arrière pays. Zidro vous fera découvrir Banyuls, les chapelles Romanes, les tours de guet, en passant par les petits secrets des caches contrebandières, bien planquées parmi les murettes de vigne.

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Contacter Zidro :

 Les excursions sont proposées en Français et en Catalan.
 Les excursions s’ofereixen en català i en francès.

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Mônsieur Paul, personnage haut en couleurs !

Il était une fois, au cœur de la bonne vieille ville de Thuir, rue de la République, une échoppe atypique, aux réminiscences d’un passé révolu, où il faisait bon fouiner, dénicher, découvrir… La petite boutique exhalait des effluves de vin aux flagrances catalanes… Ici, pas de « marketing, marchandising « ! C’était d’abord l’accueil qui prévalait, le contact, l’humain…

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Monsieur Paul Reverdy (Photo La Gazette Catalane)

Personnage débonnaire

L’éternel chapeau visé sur la tête, attifé d’un perpétuel tablier noir vigneron, Paul Reverdy, alias Monsieur Paul, vous accueillait chaleureusement. Personnage débonnaire, haut en couleur, la faconde chaude gorgée d’expressions méditerranéennes, qui aurait deviné en lui des origines gasconnes ?

Môônsieur Paul

Moôôsieur Paul Reverdy (Photo La Gazette Catalane)
Moôôsieur Paul Reverdy (Photo La Gazette Catalane)

Son parcours singulier l’avait mené de son Villeneuve sur Lot natal où à l’âge de 13 ans il devait apprenti manutentionnaire pour migrer à Perpignan à la tête d’une société de transport de fret de 1200 camions… Depuis 1992, il tenait boutiques juxtaposées : Lui c’était le vin ; Brigitte, son épouse, les fleurs. Monsieur Paul contait et racontait à l’envie son autre passion : Le Rugby, l’USAP pour lesquels il avait consacré avec son épouse Brigitte, plus de vingt ans de leur existence comme dirigeants. D’ailleurs, les murs de l’échoppe étaient tapissés de photos souvenir couleur sépia, de vieilles gloires du rugby catalan. Là, dans un semblant de bric-a-brac, savamment organisé, un florilège des grands crus du Roussillon, Domaines Cazes, Piquemal, Terrassous, Mas Amiel… côtoyaient de prestigieuses bouteilles des grands terroirs français parmi des grills à escargots, des puro… Au fil des va-et-vient des passants, rue de la République, le tenancier n’avait de cesse d’être interpellé : « Salut Paul ! «

Aujourd’hui, le couple a pris une retraite bien méritée, la boutique a disparue… Hélas, depuis, Paul rencontre de graves problèmes de santé qui le condamnent à demeurer cloîtré chez lui ! Là, les amis (ou les supposés amis) ne brillent que par leur absence. L’ingratitude humaine est décidément l’une des valeurs les plus partagée de nos jours !

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Paul REVERDY Truculent personnage (Photo La Gazette Catalane)

N’était-ce pas cela la qualité de vie ? Cet art de vivre tout particulier à préserver ? Les commerces de proximité sont cruciaux pour la vitalité des centres villes des villages de notre beau Pays Catalan, pour le lien social qu’il induit. La prolifération des grandes surfaces commerciales participe à gommer nos spécificités, notre culture, nos traditions…

Thuir : Fin de saga des quincailliers !

Samedi 20 Janvier 2007 à 19 h la saga d’une célèbre famille thuirinoise de quincailliers prenait fin….

De charretier à quincaillier… Chez les Tignères, Fa temps ! On était charretier de père en fils… Cette grande lignée de charretiers thuirinois s’est achevée avec le jeune Marcel. Confronté à la mécanisation de l’agriculture qui supplantait le cheval, il a donc troqué la charrette pour le négoce. Qui, parmi les anciens thuirinois de souche, aurait oublié la quincaillerie Canal dans la rue Arago ? Poursuivre la lecture de « Thuir : Fin de saga des quincailliers ! »

Thuir : Une autre époque…

Un présent difficile ; un avenir incertain, chacun a besoin de se rassurer en se réfugiant dans son passé idéalisé aux valeurs sûres et authentiques … 

Au travers de ce reportage, nombreux se remémoreront un temps pas si éloigné que cela que nous considérons déjà comme rétro… Où il faisait bon vivre dans nos jolis villages du Pays Catalan regroupés autour de l’église et la mairie , où la vie y était simple, authentique, sublimée par des rapports humains véritables ! Allez ! Suivez-nous… C’était  le Vendredi 12 Juin 2007 à 11h35.

Qui soupçonnerait Marcel de ne pas être thuirinois de souche, tant il fait parti des figures emblématiques de cette Ville ? C’est aussi un personnage incontournable du rugby et de la vie de l’UST ! Ce Vendredi matin 12 juin 2007, son émotion contenue est palpable. Marcel Julia passe la main à de nouveaux propriétaires… Pour lui, après 48 ans derrière son comptoir, le passé était simple ; le futur, antérieur… 

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Marcel Julia (Photo La Gazette Catalane)

Marcel Julia, ancien troisième ligne au RC Narbonne et à l’USAP, vient de signer une mutation en faveur de l’UST. Aussitôt, ce natif de Corneilla del Vercol, s’installe à Thuir avec Hélène son épouse. «A 23 ans, je quitte Corneilla et l’entreprise familiale «Julia-Malet» de machines outils agricoles, dirigée par mon père et mes oncles pour me lancer dans la vie.» C’est le 1 Avril 1959, Marcel et Hélène, succèdent aux époux Farran derrière le comptoir du vieux et minuscule bureau de tabac de la rue du souvenir. C’est alors l’artère commerçante principale du cœur de ville où se concentrent une quarantaine d’échoppes. Les soirs d’Été, les gens vivent dehors, prennent «la fresca» sur les pas de porte, jusqu’à tard dans la nuit. «En ce temps là, nous ouvrions dés 6h du matin jusqu’à 10 heures du soir. Et puis, chacun prenait davantage le temps de discuter qu‘aujourd’hui.» Confirme Marcel un tantinet nostalgique. «Dés mon installation, j’ai de suite eu comme clients tous les illustres anciens de l’UST. Ils m’ont initié à la légende du Club !» S’exclame-t-il non sans fierté.Très vite, cet endroit devient rendez-vous des spécialistes du verbe haut, haut lieu des histoires croustillantes, siège incontournable des commentateurs avisés des 4èmes mi-temps qui refont les matchs et forment les équipes…Un peu à l’étroit, en 1962, les «Julia» décident d’agrandir leur magasin. Soucieux de diversifications, au tabac, timbres, confiseries, articles de chasse et de pêche, ils intègrent parfums, jouets…et le journal d’ici L’Indépendant. En 1971, Thuir connaît une importante expansion grâce à l’ouverture de l’hôpital. Les visites des caves Byrrh drainent un flot continu de touristes qui ignore le cœur de ville. Vivoter ou réagir ? Marcel a choisi ! En 1972, il saute sur une opportunité et acquiert un «courtal» aux demoiselles Romeu, bien situé sur un axe stratégique de passages. Il y fait bâtir l’actuel magasin de plus de 100 m2. Là, outre le tabac, on y trouve timbres-poste, cartes postales, L’Indépendant, journaux nationaux et magazines, librairie. Il flaire le bon coup du loto…

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L’équipe de l’époque du Hall de la presse

En 1986, ses enfants, Anne et Marc intègrent l’affaire familiale. En 2000, le temps de la retraite pour Marcel a sonné ! Son fils lui succède, informatise le magasin, le modernise, toujours sous l’œil bienveillant de son père. Aujourd’hui, Marc a hélas décidé de changer d’activité et d’explorer d’autres horizons. Les yeux rougis mélancoliques, Marcel a une tendre pensée pour sa fidèle clientèle. 48 ans ça tisse des liens !  «J’ai décidé de venir chercher mon journal tous les matins ici, bien sûr comme client !« Se lance Monsieur Julia en guise de défi comme pour ne pas oublier ce qu’il a su créer et faire prospérer…

 

Adrienne Cazeilles, la senyora natura

Figure emblématique du Pays Catalan, elle est à la défense de la nature ce que Jordi Barre fut à la chanson catalane. Adrienne Cazeilles, femme de caractère, Pasionaria des Aspres, égérie de la mémoire et de la culture catalane, au gré de ses combats pour l’écologie, pour la vie, Tous, ici, l’appelons affectueusement, Adrienne. Adrienne Cazeilles!

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Adrienne Cazeilles (Photo La Gazette Catalane)

Femme de caractère, Pasionaria des Aspres, égérie de la mémoire et de la culture catalane, au gré de ses combats d’avant-garde pour l’écologie, pour la vie, elle n’a jamais cessé de dénoncer la gabegie des ressources naturelles de la Planète. Depuis les grands incendies de 1976 qui ont ravagé le massif des Aspres, elle s’est toujours évertuée d’alerter l’opinion publique sur les véritables origines des incendies qui ravagent la forêt méditerranéenne. Tous, ici, l’appellent affectueusement, Adrienne. Adrienne Cazeilles !

Cette ancienne institutrice, fut une active herboriste invétérée. Parce qu’elle a arpenté des décennies ses chères Aspres, du côté de Camélas, aucune plante n’avait de secret pour elle. Sacré personnage ! Aussi, voilà bien longtemps, quand un soir elle animait une causerie sur les calendrines plus de 50 personnes se pressaient pour l’écouter religieusement ! Adrienne rappelait l’obsession de l’Homme à craindre les foudres du ciel. « Jadis déjà, nos ancêtres prononçaient des incantations à Dame Nature, imploraient Jupiter pour sa clémence, priaient les Saints pour conjurer les phénomènes météorologiques. » Puis, Adrienne relata son vécu d’enfance à Camélas où els pagesos (les paysans) observaient les saisons, notaient les données pour prévoir le temps à venir.

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Adrienne Cazeilles (Photo La Gazette Catalane)

Mais au fait, Adrienne, c’est quoi les calendrines ?

«Nées de ces observation de nuages, du vent et du ciel entre le 13 Décembre et l’Epiphanie le 6 Janvier, à l’exclusion de Noël. Il suffit donc de noter le temps pendant 24 jours et vous aurez le temps des douze mois de l’année à venir. Chaque jour représente une quinzaine de mois… Cette période préfigure les grandes tendances du temps à venir « Expliquait toute pédagogue, la Senyora Adrienne. Pertinente, elle alertait alors sur d’importants changements climatiques à venir provoqués par les activités humaines. Elle pointait la sécheresse persistante dont les effets pourraient à terme provoquer ici et là de graves perturbations environnementales, sociales voire économiques. Pour l’instant, ici, qui s’en émeut outre mesure ?

Adrienne Cazeilles (Photo La Gazette Catalane)
Adrienne Cazeilles (Photo La Gazette Catalane)

«On puise allègrement par forages dans les nappes profondes du pliocène pour les loisirs, les piscines, l’agriculture, une eau précieuse datée de milliers d’années. Quel héritage à nos enfants ?» S’insurgeait-t-elle. Puis Adrienne dénonçait la multiplication exponentielle des friches, l’urbanisation anarchique, qui empêchent toute alimentation en eau des nappes superficielles et annoncent de phénoménales inondations… Elle était comme cela Adrienne Cazeilles, debout, lucide et toujours passionnée ! A mal temps, bona cara  ! Aujourd’hui, très âgée elle coule tranquillement des jours paisible à la maison de retraite de Thuir… y per moult anys la Senyora Adrienne !

Adrienne Cazeilles (Photo La Gazette Catalane)
Adrienne Cazeilles (Photo La Gazette Catalane)

Louis BALOFFI, alias Petit Louis mémoire de Collioure.

Fa temps ! Le temps semblait s’être arrêté emprunt d’insouciance à Collioure. Jusqu’à une cinquantaine d’années, les barques catalanes étaient tirées sur les rives de l’anse de Collioure. Prés de là, quelques artistes peintres bohèmes côtoyaient les pêcheurs. Les uns captaient la lumière au bout de leurs pinceaux ; les autres ravaudaient les filets, réparaient les nasses, tout en échangeant en catalan des dernières nouvelles, des derniers xipots (rumeurs) autour, il y avait là du silence et de la sérénité.

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Louis BALOFFI (Photo La Gazette Catalane)

Une figure de Collioure s’affaire dans sa cave convertie en petit atelier, ouvert aux regards curieux des passants… Le geste est minutieux, appliqué, c’est Louis Baloffi alias Petit Louis par les Colliourencs, mig francés mig catala, ancien marin de commerce et vigneron pêcheur. S’il ne navigue plus désormais Louis Baloffi, confectionne des maquettes de barques catalanes avec lesquelles il vogue sur les vagues de ses souvenirs…

M. Jean Marc Roger

Bateaux à Collioure d'André Derain
« Bateaux à Collioure » d’André Derain, une huile sur toile de 1905 conservée au Museum Kunstpalast à Düsseldorf (Allemagne).

André DERAIN "Collioure: le port de pêche"
André DERAIN « Collioure: le port de pêche »

André Derain Bateaux au Port de Collioure
André Derain Bateaux au Port de Collioure

Les chemins initiatiques de Marie et Samuel

C’est un bien étrange équipage qui apparaît aux détours des Caves Byrrh à Thuir… Un âne bâté, deux jeunes. Ils font halte un instant en cœur de ville… avant de partir pour les Fenouillèdes. Marginaux, ces jeunes ? Que nenni ! Voyons un peu…

Marie et Samuel (Photo La Gazette Catalane)
Marie et Samuel (Photo La Gazette Catalane)

Floc, brave baudet du Lot de son état, a quelques années de bât à son actif. Marie, 23 ans. Samuel, 25 ans. Voilà pour le cliché de famille ! Ils ont quitté confort et habitudes pour marcher sur les chemins. Mais pourquoi faire ?

Leur projet est de créer une ferme bio, artisanale et d’arts. Ils sont partis de Bergerac en Dordogne via Lodève, Estagel, Amélie les Bains. Un bon moyen de voyager à peu de frais, tout en s’imprégnant de la culture des endroits. «Notre idée c’est de voir du pays et de rencontrer des gens. Nous voulons nous installer, mais nous ne savons pas encore où.» Révèle la souriante Marie.

Doux rêveurs ? Originaux Marie et Samuel ?

De père Français et de mère Allemande, Samuel possède un Bac socio économique. Marie, de Bergerac a un Bac agricole en poche. «Après le Bac, plus grand chose à apprendre. Nous voulions pratiquer et découvrir le métier de paysan. Nous cheminons donc de fermes en fermes. Dans chaque ferme nous travaillons et en échange nous sommes logés, nourris. « Précise la jeune fille.

Marie et Samuel aspirent à donner chaque jour un sens à leur vie 

Chemin faisant, pas à pas, tous deux mûrissent, les expériences s’accumulent, le projet se précise… Les pieds sur terre, lucides, de concert ils s’exclament : «Nous sommes à l’école de la vie. Aucune université, ni aucune école, ne pourrait proposer ce que nous sommes entrain d’apprendre. Tous les jours nous apprenons ! » Sur le périple, les rencontres se succèdent, autant d’occasions d’ouverture aux autres. Nombreux les interpellent : »Qu’est-ce que j’aurais aimé faire comme vous ! » Lancent-ils fréquemment les yeux brillants.

Marie et Samuel (Photo La Gazette Catalane)
Marie et Samuel (Photo La Gazette Catalane)

Loin des sentiers balisés, des stéréotypes sociaux, des normes, ces petits enfants de la génération soixante-huitarde sont animés par un désir fort de réussir leur vie, de lui donner un sens profond. Être plus qu’avoir, voilà leur credo… C’est ainsi que Samuel ironise : «C’est comme ça que nous voulons vivre !  La ville ça ne nous convient pas. Le bureau, la routine, non merci…» Durant 4 ou 5 ans, par étapes de 15 km par jour, ils parcourront la vallée du Rhône, l’Alsace, puis l’Allemagne, les Pays Bas, puis retour en France pour la Bretagne. «Dans la vie quand on désire fort quelque chose ça advient très souvent.» Souligne, Marie résolument optimiste. Quelle belle histoire ! Quelle leçon d’humilité et de courage ! Bon vent à Floc, Marie et Samuel… Que ce chemin initiatique vous mène vers de heureux destins.